Cicatrice post-opératoire présentant un point de suture résorbable rouge et inflammatoire, signe de rejet ou d'infection

Fil résorbable : Infection, Rejet ou simple Inflammation ?

Après une intervention chirurgicale, qu’il s’agisse d’une césarienne, d’une extraction de dents de sagesse ou de points de suture aux urgences, l’utilisation de fils résorbables est devenue la norme. Pratiques, ils évitent au patient la corvée et le stress du retrait des points par une infirmière. La promesse est simple : ils disparaissent tout seuls. Cependant, le processus de résorption ne se déroule pas toujours de manière invisible. Il arrive que la cicatrice devienne rouge, gonflée, ou qu’un bout de fil ressorte de la peau plusieurs semaines plus tard. Comment faire la différence entre une réaction inflammatoire normale de rejet et une véritable infection nécessitant des antibiotiques ? Voici les signes cliniques à surveiller.

Les infos à retenir

  • La durée : « Résorbable » ne veut pas dire « immédiat ». Certains fils mettent 10 jours à partir, d’autres (pour les fascias) mettent 2 à 3 mois.
  • 🔴 Le rejet (Granulome) : C’est fréquent. Le corps considère le fil comme un corps étranger et l’attaque. Cela crée une petite boule rouge qui finit par expulser le fil (« cracher le fil »). Ce n’est pas sale, c’est mécanique.
  • 🔥 L’infection (Abcès) : Elle se distingue par la chaleur, la douleur pulsatile (qui tape), l’extension de la rougeur et la présence de pus franc ou de fièvre.
  • ✂️ Ne pas tirer : Si un fil dépasse, ne tirez pas dessus comme un forcené. Vous risquez de rouvrir la plaie interne ou d’introduire des bactéries.

Comment fonctionne la résorption ?

Les fils résorbables (comme le Vicryl ou le Monocryl) sont fabriqués à partir de matériaux synthétiques ou naturels conçus pour être dégradés par l’organisme. Cette dégradation se fait soit par hydrolyse, c’est-à-dire une digestion par l’eau contenue dans les tissus, soit par réaction enzymatique. Il s’agit en réalité d’une réaction inflammatoire programmée et contrôlée. Pour détruire et éliminer le matériau du fil, le système immunitaire doit envoyer des macrophages sur la zone de suture. Il est donc tout à fait physiologique que la cicatrice soit légèrement rosée, un peu gonflée et qu’elle gratte au moment où les fils « travaillent » pour disparaître. Ce processus n’est pas une complication, mais le signe que la cicatrisation suit son cours.

Rejet du fil : Une réaction à corps étranger

Il arrive parfois que l’organisme fasse du zèle ou que le nœud du fil soit situé trop près de la surface de la peau. Au lieu de dissoudre le fil progressivement, le corps décide de l’expulser comme il le ferait pour une écharde. On observe alors la formation d’une petite boule dure et rouge sous la cicatrice, appelée granulome inflammatoire. Un petit orifice finit par se former et un bout de fil, souvent transparent, blanc ou violet, pointe le bout de son nez à l’extérieur. Il peut y avoir un écoulement minime de liquide clair ou jaunâtre (de la fibrine), mais pas de pus épais et malodorant.

Face à cette situation, il n’y a pas lieu de paniquer. C’est bénin. Il suffit de désinfecter la zone. Souvent, le fil tombe tout seul sous la douche ou avec le frottement des vêtements. Si le fil pendouille et vous gêne, une infirmière ou un médecin peut le couper à ras avec une pince stérile pour accélérer la fermeture. Une fois le bout de fil parti, le petit trou se referme généralement en 24 à 48 heures.


L’Infection vraie : Les signes d’alerte

L’infection est une complication plus sérieuse, d’origine bactérienne (staphylocoque, streptocoque), qui nécessite une prise en charge médicale. Elle se distingue du simple rejet par l’intensité des symptômes, souvent résumés par la « Tétrade de Celse ». La rougeur ne reste pas confinée autour du point de suture mais s’étend en nappe sur la peau saine environnante. La zone devient chaude, voire bouillante au toucher. Le gonflement (œdème) rend la cicatrice tendue et luisante. Enfin, la douleur augmente au lieu de diminuer avec le temps, et devient pulsatile (sensation de cœur qui bat dans la plaie), empêchant parfois de dormir. Si vous constatez un écoulement de pus franc, épais et odorant, ou si vous avez de la fièvre et des frissons, c’est une urgence. Il faut consulter le chirurgien ou les urgences pour, éventuellement, évacuer l’abcès et débuter une antibiothérapie.

L’avis de l’expert : Chirurgien digestif

« Le patient arrive souvent paniqué en consultation en disant ‘ma cicatrice s’est rouverte’. En réalité, c’est souvent juste un point superficiel qui a lâché ou qui est rejeté, ce qu’on appelle une déhiscence superficielle. Tant que la paroi musculaire et aponévrotique en dessous tient bon, ce n’est pas grave pour la solidité de la réparation. Le plus important est l’hygiène : une douche quotidienne à l’eau et au savon reste le meilleur désinfectant, suivie d’un séchage soigneux en tamponnant. L’humidité et la macération sont les pires ennemies de la résorption propre. »

Que faire si un fil ne part pas ?

La résorption dépend de l’acidité de la peau et du métabolisme de chaque patient. Si trois mois après l’opération, vous sentez toujours les fils sous la peau sous forme de petites indurations ou qu’ils vous picotent, c’est que le processus de résorption a échoué ou s’est arrêté. Dans ce cas, le fil est enkysté et ne partira plus tout seul. Il devient nécessaire de consulter pour le faire retirer manuellement, exactement comme on le ferait pour un point non résorbable classique. C’est un geste rapide, simple et quasi indolore car la peau autour est cicatrisée et n’est plus à vif.


Foire Aux Questions (FAQ)

🚿 Peut-on se laver avec des fils résorbables ?

Généralement oui, dès 24h ou 48h après l’intervention, sauf avis contraire du chirurgien. L’eau savonneuse permet de nettoyer la plaie en douceur. Ce qu’il faut absolument éviter, c’est le bain, la piscine ou le trempage prolongé qui ramollissent la plaie et favorisent l’entrée des bactéries avant la fermeture complète de l’épiderme, qui prend environ 15 à 21 jours.

🧴 Faut-il mettre de la bétadine ?

Pas systématiquement. Si la plaie est propre et sèche, l’excès d’antiseptique peut irriter la peau saine et paradoxalement retarder la cicatrisation. Suivez l’ordonnance de sortie. Si la cicatrice suinte un peu lors d’un rejet de fil, une application locale de Biseptine ou de Bétadine jaune pendant quelques jours suffit généralement à assécher la zone.

⏳ Combien de temps pour qu’ils tombent ?

C’est très variable selon le type de fil utilisé et la zone du corps. Les fils fins utilisés sur la peau (visage, main) partent souvent rapidement, en 10 à 15 jours. En revanche, les fils utilisés pour les plans profonds (muscles, paroi abdominale) ou les fils tressés plus solides peuvent mettre 60 à 90 jours à disparaître totalement. Il faut donc être patient !

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