Cette habitude est devenue un rituel, et ce rituel est devenu votre angoisse. Chaque soir, votre mari boit son whisky, un verre, puis deux, parfois plus. Il vous dit qu’il « gère », que c’est pour se détendre, mais vous sentez que quelque chose ne va pas. Cette consommation quotidienne, même si elle ne mène pas à l’ivresse, est-elle le signe d’une dépendance ? C’est une question douloureuse et légitime.
Les infos à retenir
- 🚨 Un signe de danger majeur : Oui, boire de l’alcool fort (comme le whisky) tous les jours est un comportement à très haut risque et est, pour la plupart des addictologues, une forme d’alcoolo-dépendance.
- 🧠 L’alcoolisme, c’est la perte de contrôle : La définition n’est pas la quantité, mais la perte de la liberté de s’abstenir. Le fait d’avoir « besoin » de ce rituel pour se détendre est le signe de la dépendance.
- ❌ Vous ne pouvez pas le « sauver » : C’est la réalité la plus dure à accepter. Vous ne pouvez pas le forcer à arrêter. L’alcoolisme est une maladie, et la décision de se soigner doit venir de lui.
- ❤️ Protégez-vous : Votre priorité doit être votre propre santé mentale. Ne devenez pas « co-dépendante ». Fixez vos limites et cherchez de l’aide pour vous-même (médecin, Al-Anon, psychologue).
Boire tous les jours : est-ce la définition de l’alcoolisme ?
L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) est très claire : il n’y a pas de consommation d’alcool sans risque. La notion d’alcoolisme est complexe, mais elle ne se résume pas à l’image du « clochard » qui boit dès le matin. L’alcoolisme, ou « trouble de l’usage de l’alcool », se définit par la perte de la liberté de s’abstenir de boire. Si votre mari ne peut pas « sauter » son rituel du soir sans devenir irritable, anxieux ou s’il ne pense qu’à ça, il y a une dépendance psychologique et/ou physique.
Boire du whisky (un alcool fort) tous les jours est un marqueur de risque majeur. Cela signifie que son corps s’est habitué à une dose quotidienne et que son cerveau l’associe désormais à la détente. Le « plaisir » est devenu un « besoin ».
Pourquoi est-il impossible de le « raisonner » ou de le « sauver » ?
C’est la dynamique la plus destructrice pour l’entourage. Vous allez essayer de contrôler, de compter les verres, de jeter les bouteilles, de le supplier, de le menacer. Cela ne fonctionnera pas et ne fera que vous épuiser. L’alcoolisme est une maladie du déni. La personne dépendante doit d’abord admettre elle-même qu’elle a un problème. Tant que ce déni est en place, toute votre énergie sera vaine. Vous ne pouvez pas le « guérir », et en essayant de tout gérer à sa place, vous entrez dans un schéma de co-dépendance, où vous devenez, sans le vouloir, complice de sa maladie en le protégeant de ses propres conséquences.

Comment aborder le sujet sans déclencher une crise ?
La confrontation directe (« Tu bois trop », « Tu es alcoolique ») mène presque toujours à un mur, au déni et à la colère. La seule approche constructive est de parler en utilisant le « Je » et en exprimant vos propres émotions, sans le juger lui.
Choisissez un moment calme, où il est sobre.
Ne dites pas : « Tu bois trop, tu es alcoolique. »
Dites plutôt : « Quand je te vois boire ton whisky tous les soirs, je me sens inquiète pour ta santé. J’ai peur pour nous et pour notre avenir. Je me sens seule face à ça. »
Ne parlez pas de « sa » maladie, mais de « votre » souffrance. C’est plus difficile à contrer et c’est la seule chose qui peut, peut-être, créer une brèche dans son déni.
Où trouver de l’aide (pour vous d’abord) ?
Vous ne pouvez pas l’aider si vous vous effondrez. La première personne à aider, c’est vous.
– Votre médecin traitant : C’est votre premier interlocuteur. Il peut vous écouter, vous soutenir et vous orienter.
– Les structures spécialisées (CSAPA) : Les Centres de Soin, d’Accompagnement et de Prévention en Addictologie proposent des consultations gratuites et anonymes pour l’entourage.
– Al-Anon : C’est une association (comme les Alcooliques Anonymes) spécifiquement destinée aux familles et aux amis des alcooliques. Y aller et écouter d’autres personnes qui vivent la même chose peut être une révélation et une source de force immense.
L’avis de l’addictologue
« Le conjoint est la ‘première victime’ de l’addiction. Il vit dans une tension permanente. Je dis toujours à l’épouse ou à l’époux qui vient me voir seul(e) : ‘Arrêtez de vous concentrer sur lui, concentrez-vous sur vous’. Votre seule arme, c’est de changer votre propre comportement. Posez vos limites. Dites ‘Moi, je n’accepte plus de dîner avec quelqu’un qui a bu’. Parfois, c’est ce ‘choc’ de la réalité, le risque de perdre sa famille, qui peut amener le patient à prendre conscience de son problème. Mais le chemin, c’est lui qui doit le faire. »
Vous ne pouvez pas le guérir, mais vous pouvez vous sauver
Vivre avec une personne alcoolo-dépendante est une épreuve d’une immense solitude. Comprendre que vous ne pouvez pas le forcer à changer est la première étape de votre propre guérison. Votre pouvoir ne réside pas dans sa sobriété, mais dans votre décision de ne plus subir la situation. Protégez-vous, fixez vos limites, et cherchez de l’aide pour vous-même. C’est la seule façon de tenir et, peut-être, de lui donner l’envie de se soigner.
Foire Aux Questions (FAQ)
🤔 Mais il travaille, il gère tout… est-il vraiment alcoolique ?
Oui. C’est ce qu’on appelle l' »alcoolisme fonctionnel » ou « mondain ». La personne assure parfaitement sa vie sociale et professionnelle, mais est incapable de se passer de son produit. L’absence de déchéance sociale ne signifie pas l’absence de dépendance.
💔 Dois-je le menacer de le quitter ?
L’ultimatum (« c’est l’alcool ou moi ») est un outil à double tranchant. Ne le posez que si vous êtes réellement prête à le faire. S’il s’agit d’une menace en l’air, il le sentira et vous perdrez toute crédibilité. C’est une carte à ne jouer qu’une seule fois.
👨👩👧👦 Faut-il en parler aux enfants ?
Les enfants sentent toujours la tension, même s’ils sont jeunes. Ils n’ont pas besoin de détails techniques, mais ils ont besoin qu’on mette des mots sur ce qu’ils ressentent. Il est important de leur expliquer (avec des mots adaptés à leur âge) que leur père a un « problème avec l’alcool », que c’est une « maladie », et que ce n’est en aucun cas de leur faute.









