Après une acromioplastie, c’est le médecin du travail, et lui seul, qui peut déclarer une inaptitude, généralement lors de la visite de reprise suivant un arrêt de plus de 30 jours ; cette inaptitude peut être partielle ou totale, temporaire ou définitive selon les séquelles (douleurs chroniques, perte de mobilité). Si vous êtes déclaré inapte, votre employeur a l’obligation de rechercher un reclassement adapté à vos capacités, avec des propositions écrites et motivées, dans tous les établissements de l’entreprise et du groupe en France ; sans solution possible, un licenciement pour inaptitude peut être prononcé, ouvrant droit à des indemnités spécifiques. La reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (RQTH), à demander auprès de la MDPH, ne signifie pas incapacité totale mais facilite les aménagements de poste et l’accès à des dispositifs d’accompagnement comme Cap Emploi.
Si les séquelles sont liées à une maladie professionnelle reconnue, une rente AT/MP peut être versée selon le taux d’incapacité permanente partielle, sachant qu’elle n’est pas cumulable avec une pension d’invalidité, ces deux dispositifs relevant de logiques distinctes. En cas de désaccord avec l’avis du médecin du travail, vous pouvez le contester devant le conseil de prud’hommes ; ces démarches restent complexes, un accompagnement par un avocat spécialisé en droit du travail ou une assistante sociale de la CPAM est vivement recommandé.
Ce qu’il faut retenir
- 🩺 Le médecin du travail est le seul habilité : ni le chirurgien ni votre médecin traitant ne peuvent prononcer une inaptitude légale à votre poste.
- 🔍 La visite de pré-reprise recommandée : demandez-la dès la fin de votre convalescence pour préparer le terrain avant l’expiration de votre arrêt.
- 🏢 L’obligation patronale de reclassement : l’employeur doit chercher activement à adapter votre poste ou à vous proposer un emploi équivalent sans port de charge.
- 💶 Le doublement des indemnités si maladie pro : une inaptitude d’origine professionnelle ouvre droit à une indemnité légale doublée et au paiement du préavis.
Pourquoi l’épaule garde-t-elle des séquelles fonctionnelles après cette chirurgie ?
L’acromioplastie consiste à raboter le bec osseux de l’omoplate (l’acromion) sous arthroscopie afin d’élargir l’espace où coulissent les tendons de la coiffe des rotateurs. Si cette intervention supprime le frottement mécanique direct, elle ne redonne pas magiquement à un tendon usé sa souplesse de jeunesse.
Dans de nombreux cas, l’opération intervient après plusieurs années de tendinopathie chronique, voire de rupture partielle de tendon. Même si l’os est libéré, les tissus tendineux restent fragilisés et cicatrisent lentement. De plus, une raideur réflexe (comme une capsulite rétractile secondaire) peut s’installer durant la période d’immobilisation post-opératoire. Pour un travailleur dont le métier impose de travailler les bras levés, de pousser des chariots ou de manipuler des charges en porte-à-faux, ces raideurs et ces pertes de force musculaire résiduelles rendent le retour au poste antérieur tout simplement incompatible avec la préservation de sa santé.
Comment se déroule le constat d’inaptitude médicale après une chirurgie de l’épaule ?
Pour qu’une inaptitude soit reconnue juridiquement au regard du Code du travail, un protocole médical strict doit être respecté par le service de santé au travail.
Le tableau ci-dessous détaille les différentes consultations médicales, leurs objectifs et les débouchés concrets pour le salarié :
| Type de visite médicale | Initiative et moment de la démarche | Effets concrets sur le contrat de travail |
|---|---|---|
| Visite de pré-reprise | Demandée par le salarié ou son médecin traitant pendant l’arrêt de travail en cours. | Anticipe les besoins : le médecin du travail alerte l’employeur pour étudier un aménagement ou une formation. |
| Visite médicale de reprise officielle | 🥇 Organisée par l’employeur au plus tard 8 jours après la fin de l’arrêt de travail. | Le médecin du travail rend son avis définitif : aptitude avec restrictions ou constat officiel d’inaptitude. |
| Recherche de reclassement interne | Menée obligatoirement par l’employeur dans un délai d’un mois après le constat. | Proposition d’un autre emploi compatible avec les restrictions (pas de port de charge, poste sédentaire). |
| Procédure de licenciement pour inaptitude | Enclenchée si le reclassement est impossible, refusé par le salarié, ou expressément écarté par le médecin. | Rupture du contrat ouvrant droit aux indemnités de licenciement et aux allocations chômage France Travail. |
Depuis les réformes récentes du droit du travail, une seule visite de reprise suffit généralement pour prononcer l’inaptitude, dès lors que le praticien a échangé avec le salarié et l’employeur et analysé les caractéristiques du poste.
L’avis d’un médecin du travail en service interentreprises
« Ne commettez pas l’erreur de cacher vos douleurs lors de la visite de reprise par peur de perdre votre emploi. Si vous reprenez le port de charges avec une épaule opérée encore raide, vous risquez la rupture complète du tendon sus-épineux en quelques semaines. Notre rôle est de poser des restrictions protectrices : interdiction des ports de charges de plus de cinq kilos, pas de mouvements répétés du bras au-dessus de l’horizontale. Si le poste ne peut pas être adapté, l’inaptitude est une mesure de protection de votre intégrité physique. »

Quelles sont les obligations de reclassement qui pèsent sur votre employeur ?
Dès lors que le médecin du travail déclare un salarié inapte à son poste, l’entreprise ne peut pas le licencier immédiatement : elle doit d’abord tenter de le maintenir dans l’emploi.
L’employeur a l’obligation de consulter les membres du Comité Social et Économique (CSE) et de chercher des postes de reclassement au sein de l’entreprise ou du groupe auquel elle appartient. Ces postes proposés doivent être aussi proches que possible de votre qualification d’origine et respecter scrupuleusement les préconisations médicales du médecin du travail (par exemple un poste de contrôle qualité sur écran, de la gestion de stock informatisée sans manutention, ou de l’accueil client). Si l’employeur démontre par écrit qu’il n’existe aucun poste disponible ou que le salarié refuse les propositions loyales faites par écrit, il est alors en droit de convoquer le collaborateur à un entretien préalable de licenciement.
Quelles indemnités percevoir selon l’origine professionnelle ou non de votre affection ?
Le montant de l’enveloppe financière versée au moment du solde de tout compte dépend directement du cadre de reconnaissance de votre pathologie d’épaule.
Deux situations juridiques bien distinctes s’observent :
- Si l’opération découle d’une maladie ordinaire sans lien reconnu avec le travail : vous percevez l’indemnité légale ou conventionnelle de licenciement classique. Le préavis n’étant pas exécutable en raison de votre état de santé, il n’est pas payé (sauf disposition plus favorable de votre convention collective).
- Si l’acromioplastie fait suite à un accident du travail ou une maladie professionnelle reconnue (tableau 57 des affections périarticulaires) : le Code du travail vous octroie une protection renforcée. Vous avez droit au doublement de l’indemnité légale de licenciement ainsi qu’au versement d’une indemnité compensatrice équivalente au montant de votre préavis, même si vous ne l’effectuez pas.
Pensez à faire valoir vos justificatifs de reconnaissance Sécurité sociale (CPAM) auprès de votre service des ressources humaines bien avant la signature des documents de rupture.
Quels sont les recours et aides financières pour se reconvertir professionnellement ?
Être déclaré inapte à son métier d’origine n’est pas une fin de carrière, mais souvent le point de départ d’une reconversion vers un métier moins traumatisant pour les articulations.
Rapprochez-vous de votre médecin traitant et de l’assistante sociale de votre caisse d’assurance maladie pour monter un dossier de Reconnaissance de la Qualité de Travailleur Handicapé (RQTH) auprès de la MDPH. Ce statut officiel ouvre l’accès aux dispositifs d’aide de l’Agefiph ou du Cap Emploi, incluant des bilans de compétences approfondis, des financements de formations qualifiantes pour des métiers de bureau et des aides financières pour adapter un futur poste de travail. Une fois le licenciement acté, vous pouvez vous inscrire sans délai à France Travail pour toucher vos allocations de chômage (ARE) sans délai de carence lié à l’inaptitude médicale.
Foire Aux Questions (FAQ)
⚖️ Peut-on contester la décision d’inaptitude rendue par le médecin du travail ?
Oui. Si vous ou votre employeur contestez les conclusions médicales du médecin du travail, vous disposez d’un délai strict de 15 jours à compter de la notification de l’avis pour saisir le conseil de prud’hommes en procédure accélérée au fond afin de demander une expertise médicale judiciaire.
⏳ Que se passe-t-il au niveau du salaire pendant le mois suivant l’avis d’inaptitude ?
Pendant le mois imparti à l’employeur pour chercher un reclassement, la loi ne prévoit aucun maintien de salaire. En revanche, si vous n’êtes ni reclassé ni licencié au bout d’un mois jour pour jour, l’employeur a l’obligation légale de recommencer à vous verser l’intégralité de votre salaire habituel.
📋 L’acromioplastie donne-t-elle droit à un taux d’incapacité permanente (IPP) de la Sécurité sociale ?
Oui, si votre opération a été reconnue au titre d’une maladie professionnelle. Le médecin conseil de la CPAM fixera, après consolidation de votre état, un taux d’IPP qui ouvre droit au versement d’un capital forfaitaire ou d’une rente trimestrielle à vie pour compenser la diminution de votre capacité physique.









