Il n’est pas rare, après quelques années dans la vie active, de ressentir un vide professionnel ou une envie de se tourner vers un métier médical concret, manuel et humain. La chirurgie dentaire attire de plus en plus de cadres, d’ingénieurs ou de professionnels de santé qui souhaitent changer de voie. Mais devenir dentiste à 30 ans, ou même 40 ans, est un défi de taille. Entre la longueur des études, la sélectivité à l’entrée et l’impact financier d’un retour sur les bancs de la fac, le projet peut sembler fou. Pourtant, des dispositifs spécifiques comme les passerelles existent pour faciliter cette transition sans repasser par la case « première année ».
Les infos à retenir
- 🌉 La Passerelle : Si vous avez un Master (Bac+5), un diplôme d’ingénieur ou un doctorat (même non scientifique), vous pouvez candidater pour entrer directement en 2ème ou 3ème année d’Odontologie, évitant le concours PASS/LAS.
- 📚 Reprise d’études : Il n’y a pas de cours du soir. Ce sont des études à temps plein, avec présence obligatoire aux TP et en clinique. Impossible de travailler à côté.
- 💶 Le financement : C’est le point noir. Il faut pouvoir financer 5 années de vie sans salaire. Le Pôle Emploi finance rarement ces reconversions longues.
- 🧠 La plasticité : Apprendre l’anatomie et la dextérité manuelle à 30 ans demande plus d’efforts qu’à 20 ans, mais la maturité est un atout majeur.
Le dispositif « Passerelle » : Le sésame pour les adultes
C’est la voie royale pour la reconversion. Oubliez le concours de première année (PACES, devenu PASS/LAS) avec ses milliers de candidats. Le dispositif Passerelle permet aux titulaires de certains diplômes (Master 2, Diplôme d’État d’infirmier, d’ingénieur, etc.) de déposer un dossier directement auprès des facultés.
La procédure se fait en deux temps :
- Admissibilité : Examen du dossier (CV, lettre de motivation béton, diplômes).
- Admission : Oral devant un jury composé de professeurs d’université.
Si vous êtes retenu, vous intégrez directement la 2ème année (P2) ou parfois la 3ème année (D1) d’Odontologie. Attention, le nombre de places est limité (numerus clausus spécifique) et la concurrence est rude, mais les profils atypiques et matures sont souvent appréciés pour leur motivation.
La réalité des études : Un marathon, pas un sprint
Réussir à entrer est une chose, tenir la distance en est une autre. Les études dentaires sont denses.
Contrairement à d’autres formations pour adultes, il n’existe aucun aménagement. Vous serez mélangé avec des étudiants de 20 ans.
L’emploi du temps comprend des cours magistraux, mais surtout énormément de Travaux Pratiques (TP) de prothèse et de soins conservateurs, puis des vacations cliniques à l’hôpital. La présence est obligatoire. Cela signifie que vous ne pouvez pas conserver votre emploi actuel. C’est un engagement à temps plein, de 8h à 18h, sans compter le travail personnel le soir.
La dextérité manuelle est aussi un obstacle : sculpter de la cire ou tailler une dent au millimètre près demande un apprentissage psychomoteur qui peut être plus laborieux à l’âge adulte.
L’impact financier et familial
C’est souvent le facteur limitant. Devenir dentiste à 30 ans implique de renoncer à un salaire pendant 4 à 5 ans minimum.
Comment payer le loyer, le crédit immobilier ou la crèche des enfants ?
- Le Chômage (ARE) peut parfois couvrir une partie si vous avez négocié une rupture conventionnelle, mais la durée d’indemnisation (2 ans max) ne couvre pas toute la scolarité.
- Le Prêt étudiant est souvent nécessaire. Heureusement, les banques prêtent assez facilement aux futurs dentistes, car l’employabilité et les revenus futurs sont garantis.

Le jeu en vaut-il la chandelle ?
Absolument, si c’est une vocation. Le métier de chirurgien-dentiste offre une liberté d’exercice rare (libéral), une sécurité financière et une stimulation intellectuelle constante. Les « reconvertis » font souvent d’excellents praticiens car ils ont une écoute et une empathie développées par leur expérience de vie précédente. Ils savent pourquoi ils sont là et ne subissent pas les études.
L’avis de l’expert : Doyen de Faculté d’Odontologie
« Les étudiants ‘passerelliens’ sont une richesse pour nos promos. Ils remontent le niveau de maturité. Cependant, je les mets toujours en garde sur la fatigue. Reprendre des études de sciences fondamentales et de mémorisation par cœur à 35 ans, avec des enfants à gérer le soir, c’est l’épuisement assuré si le conjoint ne soutient pas le projet à 100%. C’est un projet de couple, pas un projet individuel. »
Peut-on exercer tout de suite après le diplôme ?
Oui. Le cycle court dure 6 ans (donc 5 ans via la passerelle). À la sortie, vous êtes Docteur en Chirurgie Dentaire et pouvez visser votre plaque immédiatement ou faire des remplacements. Il n’y a pas d’internat obligatoire (sauf pour l’orthodontie ou la chirurgie orale). À 35 ou 36 ans, vous commencerez votre nouvelle vie, avec encore 30 belles années de carrière devant vous.
Foire Aux Questions (FAQ)
📄 Quel diplôme faut-il pour la passerelle ?
Il faut au minimum un grade de Master (Bac+5) validé, ou un diplôme d’État d’auxiliaire médical (infirmier, kiné…) avec plusieurs années d’exercice professionnel. Les critères précis sont fixés par arrêté ministériel chaque année.
🇧🇪 Est-ce plus facile en Belgique ou en Espagne ?
Beaucoup de Français partent se former à l’étranger (Roumanie, Espagne, Portugal) où l’entrée se fait sur dossier ou test, sans concours, et souvent en français. Le diplôme est valable en France. Mais le coût des écoles privées en Espagne est très élevé (jusqu’à 20 000€ l’année).
👴 Y a-t-il une limite d’âge ?
Non, il n’y a aucune limite d’âge légale. On voit des étudiants de 45 ans. Cependant, le jury d’admission sera plus attentif à la viabilité du projet et au financement pour les candidats plus âgés.









