Patient regardant dans un diploscope lors d'une séance de rééducation neuro-sensorielle selon la méthode Quertant

Méthode Quertant : Danger, Arnaque ou vraie thérapie neuro-sensorielle ?

Face aux troubles de l’apprentissage (dyslexie, TDAH), à l’anxiété chronique ou aux migraines résistantes aux traitements classiques, de nombreux patients se tournent vers des alternatives à la médication. C’est dans ce contexte de recherche de solutions que le nom de la Méthode Quertant (ou Culture Psycho-Sensorielle) circule de plus en plus. Cette approche centenaire, basée sur la rééducation du système nerveux central via des exercices visuels spécifiques, suscite autant d’espoir chez les patients en errance médicale que de méfiance chez certains professionnels de santé. Est-ce une thérapie révolutionnaire méconnue ou une pseudo-science coûteuse ? Y a-t-il un danger à pratiquer cette méthode non conventionnelle ? Analyse détaillée d’une pratique qui divise.

Les infos à retenir

  • 👁️ Le principe : La méthode postule que les micro-mouvements oculaires reflètent l’état du système nerveux. En rééduquant l’œil par des images tests, on chercherait à réguler les centres nerveux (hypothalamus).
  • 🚫 Danger physique : Il est inexistant. La méthode est totalement non invasive, sans médicaments, sans manipulation corporelle et sans chirurgie.
  • 💸 Le risque réel : Il est financier (coût élevé non remboursé) et temporel (risque de retard de diagnostic pour des pathologies organiques graves si le patient ne voit que le praticien Quertant).
  • 🧪 Preuve scientifique : Il n’existe pas, à ce jour, de consensus scientifique large ni d’études cliniques randomisées validant l’efficacité de la méthode selon les standards de la médecine moderne (EBM).

Les fondements de la Culture Psycho-Sensorielle

Créée par Georges Quertant au début du XXe siècle, cette méthode repose sur un postulat physiologique audacieux : la vision n’est pas qu’une simple fonction de l’œil, mais le miroir direct du fonctionnement des centres nerveux régulateurs situés à la base du cerveau, notamment l’hypothalamus et la formation réticulée. Selon Quertant, un dérèglement de ces centres, souvent causé par le stress ou l’hérédité, entraîne des troubles fonctionnels en cascade (sommeil, humeur, digestion, hormones) qui se manifestent visiblement par des micro-dérèglements de la motricité oculaire.

Le praticien utilise des appareils d’optique très spécifiques (diploscopes, appareils à images tests) pour mesurer ce qu’on appelle les phories (déviations latentes des yeux) et les troubles de la fusion d’images. Le traitement ne consiste pas à porter des lunettes, mais à effectuer de longues séances de « gymnastique neuronale ». Le patient doit fixer des images, fusionner des couleurs ou des formes pour « remuscler » ses circuits neuronaux. L’objectif revendiqué est de supprimer les troubles fonctionnels comme le stress, l’insomnie, la dépression légère ou les troubles « dys » en rétablissant l’homéostasie nerveuse.

Existe-t-il des dangers pour la santé du patient ?

Si l’on aborde la question du danger physique immédiat, la réponse est rassurante : non, la méthode Quertant n’est pas dangereuse. Regarder dans des appareils optiques et faire travailler ses yeux ne peut pas causer de lésions corporelles. Ce n’est pas une pratique invasive comme une manipulation vertébrale ou une prise de substance chimique.

Cependant, les autorités de santé et les associations de prévention des dérives thérapeutiques pointent souvent des risques indirects qu’il ne faut pas négliger. Le premier est le retard de diagnostic. Si un patient souffre de maux de tête chroniques à cause d’une hypertension ou d’une tumeur cérébrale, et qu’il passe six mois à faire des exercices visuels en pensant se soigner, il perd une chance de traitement médical vital. Le praticien Quertant n’est pas toujours médecin et ne peut pas prescrire d’IRM.

Le second risque est l’emprise thérapeutique. Comme la méthode exige une assiduité forte (souvent deux séances par semaine) sur une très longue durée (parfois plusieurs années), elle peut créer une dépendance psychologique envers le praticien et isoler le patient des autres parcours de soins. Enfin, le coût est un frein majeur : les séances, facturées souvent entre 30 et 50 euros, ne sont pas remboursées par la Sécurité Sociale. Le budget total pour une rééducation complète peut atteindre plusieurs milliers d’euros, sans garantie de résultat contractuelle.


Le manque de validation scientifique moderne

C’est le point critique qui empêche la reconnaissance officielle de la méthode. Bien que la méthode ait ses praticiens certifiés (formés par le centre Ceuzen) et des milliers de témoignages de patients (et même de certains médecins généralistes) affirmant avoir été « sauvés » de leurs angoisses ou de leur dyslexie, la communauté ophtalmologique et neurologique reste majoritairement sceptique.

Les orthoptistes, qui sont les professionnels de santé paramédicaux reconnus par l’État, traitent également les troubles de la vision binoculaire, mais avec des protocoles plus courts et validés par des études. La méthode Quertant est souvent classée dans les thérapies complémentaires ou alternatives. Elle n’est pas enseignée en faculté de médecine. Les critiques portent souvent sur le langage parfois pseudo-scientifique utilisé pour justifier des liens de cause à effet entre l’œil et des troubles hormonaux ou psychiques complexes, liens qui ne sont pas toujours démontrés par la neurophysiologie moderne.

L’avis de l’expert : Orthoptiste

« Nous voyons régulièrement arriver en cabinet des patients qui ont suivi la méthode Quertant pendant 2 ans. Certains vont mieux, ce qui peut être dû à un effet placebo puissant ou à une réelle rééducation de la convergence. D’autres n’ont vu aucune amélioration et sont délestés de beaucoup d’argent. Le problème éthique est que cette méthode prétend parfois tout soigner, de la dépression à la boulimie en passant par la dyslexie, en passant uniquement par les yeux. C’est une vision un peu réductrice de la complexité neurologique humaine. Mais tant que cela ne remplace pas un suivi médical sérieux pour des pathologies lourdes, cela reste une option de confort. »

Pour qui cette méthode peut-elle être indiquée ?

Si vous avez réalisé un bilan médical complet (ophtalmologue, ORL, neurologue) et que vous souffrez toujours de troubles fonctionnels « orphelins » pour lesquels la médecine classique n’a pas de réponse (fatigue visuelle intense, vertiges inexpliqués, difficultés de concentration sans TDAH avéré), la méthode Quertant peut être une piste à explorer en complément. Elle s’adresse souvent aux personnes en « burn-out » sensoriel. Toutefois, elle ne doit jamais se substituer à un traitement médical, surtout pour des troubles psychiatriques ou neurologiques avérés.


Foire Aux Questions (FAQ)

👓 Est-ce que cela remplace le port de lunettes ?

Non, absolument pas. La méthode Quertant ne corrige pas les défauts de réfraction de l’œil comme la myopie, l’hypermétropie ou l’astigmatisme, qui sont des défauts anatomiques de la forme de l’œil. Elle travaille uniquement sur la commande nerveuse des muscles oculaires. Si vous êtes myope, vous garderez vos lunettes pendant et après la rééducation.

🧒 Est-ce adapté aux enfants ?

Oui, c’est même un cœur de cible fréquent pour les troubles de l’apprentissage et de la concentration à l’école. Les enfants sont souvent très réceptifs à ces exercices visuels ludiques, qui sont moins rébarbatifs et anxiogènes que des séances de psychothérapie classiques. Cela permet parfois de débloquer des situations d’échec scolaire liées à une mauvaise coordination œil-cerveau.

📜 Les praticiens sont-ils médecins ?

Pas forcément, et c’est un point à vérifier. Certains sont médecins, psychologues, ostéopathes ou chiropraticiens de formation initiale, mais beaucoup sont « praticiens Quertant » formés uniquement à cette méthode spécifique. Il est conseillé de vérifier le parcours initial du thérapeute pour s’assurer qu’il a les compétences pour détecter une pathologie qui dépasserait le cadre de la méthode.

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